Francisco Maria Esteves Pereira
Francisco Maria Esteves Pereira (1854-1924)[1] est un érudit portugais qui a significativement contribué aux études éthiopiennes pendant plus de vingt-cinq ans en marge de sa carrière militaire. Maîtrisant le latin, le grec, le sanscrit, l’hébreux, l’arabe et le guèze – appris en autodidacte –, ses travaux se concentrent d’une part sur l’histoire de la science et de la technique au Portugal et d’autre part sur les textes bibliques, historiques, et sur l’hagiographie. En reconnaissance de ses contributions à la littérature et à la culture éthiopiennes, Ménélik II lui décerne l’Ordre du Lion d’Éthiopie.
Hervé Pennec s’est intéressé au profil singulier d’Esteves Pereira et a cherché à expliquer comment il a pu intégrer la communauté orientaliste[2] et produire des travaux considérés, encore de nos jours, comme des œuvres de références[3]. Selon lui, la « Note sur le Magseph Assetat du Père Fernandes », traduite du portugais par René Basset et publiée en 1886, ressuscite un texte oublié qui le fait entrer dans la communauté scientifique[4]. Le texte original étant écrit en guèze, Esteves Pereira a par conséquent commencé l’apprentissage de la langue classique avant la publication de la note. Comment en est-il venu à s’intéresser à cette langue reste un mystère. Cette collaboration avec Basset amènera à d’autres publications parmi lesquelles l’História de Minas et la Chronica de Susenyos, rei de Ethiopia (1607-1632), son œuvre majeure. Pour Biblethiophile, sa réédition, actualisée et commentée, de l’História das cousas que o mui esforçado capitão Dom Christovão da Gama fez nos reinos do Preste João revêt une importance tout particulière.
Pennec termine son portrait en ces termes :
Si Esteves Pereira se connecte au monde européen des érudits qui s’intéressent à l’Éthiopie, il mène au Portugal une carrière solitaire, indépendante et autonome. Il n’est pas connu pour avoir formé des disciples ou établi une « école éthiopienne ». Il crée néanmoins les conditions d’une insertion et d’une reconnaissance d’un champ d’un savoir éthiopien au sein des sociétés savantes portugaises mais sans pour autant mettre en place des synergies collectives. Il apparaît comme un électron libre, un amateur éclairé, qui a certainement, comme l’écrit Basset, « créé des études éthiopiennes au Portugal », néanmoins instantanément éteintes lorsque l’électron a cessé de vibrer[5].
Vers quelques ouvrages d’Esteves Pereira ici.
Source de la photo : CONTI ROSSINI (Carlo), Storia d’Etiopia. Parte Prima. Dalle origini all’avvento della dinastia Salomonide.
Biblethiophile, 23.12.2025
[1] BOAVIDA (Isabel), « Esteves Pereira, Francisco Maria », EAe, t.2, p. 389.
[2] PENNEC (Hervé), « Francisco Maria Esteves Pereira (1854-1924) : un éthiopisant solitaire au Portugal », Annales d’Éthiopie, 34, 2022 ; « L’itinéraire d’un orientaliste au Portugal et ses réseaux européens. Francisco Maria Esteves Pereira, militaire et éthiopisant » est une version différente de ce texte parue dans Africana Studia, N.º 39, 2023.
[3] Ibid, p. 3.
[4] Ibid, p. 8.
[5] Ibid, p. 19.