Les Femmes, les eunuques et les guerriers du Soudan.
Édition
Éditeur : E. Dentu
Lieu : Paris
Année : 1868
Langue : français
Description
État du document : bon
Reliure : rigide
Références
Réf. Biblethiophile : 004823
Réf. Pankhurst Partie : manque
Réf. UGS : 0186310
Première entrée : 1863
Sortie définitive : 1864
COLLATION :
395 p.
En savoir plus
Avec son beau-père, Jean-Baptiste Palmero, maire de Castillon (Alpes Maritimes), le comte Charles-Raoul du Bisson projette de créer une colonie agricole et commerciale en Abyssinie[1].
Son approvisionnement en armes et munitions est justifié par la nécessité de défendre l’établissement et les hommes. La lettre de recommandation du ministre des Affaires étrangères, M. Drouyns de Lhuys, le met en Egypte sous la protection du vice-roi.
Le 6 octobre 1863, l’expédition remonte le Nil pour atteindre Karthoum. Sur le trajet vers Kassala, Palmero succombe à la fièvre. Du Bisson poursuite et rencontre le vice-consul de France à Massaoua, Guillaume Lejean.
Il est décidé de fonder la colonie à « Koufit », sur le territoire des « Baryas ».
Fin 1864, une troupe de soldats égyptiens fait irruption dans la colonie, la détruit en forçant les occupants à se replier sur Kassala mettant un terme au projet.
Ce bref aperçu résume l’introduction de la plaidoirie de Maître Gustave Chaudey pour M. du Bisson au procès contre Denis de Rivoyre, auteur d’un article diffamatoire paru dans le Derby (numéro du 29 janvier 1867) et partiellement repris par le Figaro.
Trois causes fondent la plainte :
- On affirme que le compte Charles-Raoul du Bisson n’a pas mis le pied en Abyssinie.
- On attribue le désastre de Koufit non à un cas de force majeur mais à l’impéritie de son administration […] ; on lui reproche l’abandon de ses hommes.
- On déclare enfin qu’il y a eu déconfiture commerciale, vente à l’encan du matériel et privations sans nombre supportées par les hommes de la troupe qui en sont morts.
Les plaidoiries se poursuivent avec foule de documents et de témoignages que la Revue des grands procès, tome 1, année 1883 reproduit (pp. 517-532).
Le 4 décembre 1867, le tribunal rend son verdict et condamne Denis de Rivoyre et le gérant du Derby à 300 francs de dommages-intérêts, exemptant le Figaro.
Une année plus tard, le comte Raoul du Bisson publie Les femmes, les eunuques et les guerriers du Soudan ; une lecture déconcertante.
Le contexte de cette affaire n’est pas anodin quand on se remémore que l’expédition militaire des Britanniques de 1868 a son origine en octobre 1863 justement lorsque le missionnaire protestant Henry Aaron Stern est retenu prisonnier par le negusä nägäst Tewodros II, rejoint trois mois plus tard par le consul britannique en Abyssinie, Charles Duncan Cameron.
Les causes de l’imbroglio qui s’en suit et qui mènent à l’envoi d’une force armée sont multiples : les propos irritants de Stern sur la mère de Tewodros insérés dans son dernier livre[2] ; les agissements de Cameron ; l’absence de réponse du gouvernement britannique à la lettre de Tewodros ; la demande insatisfaite de Tewodros d’artisans qualifiés européens ; la perte de confiance de Tewodros aux deux puissances que sont la France et l’Angleterre après la mort de ses deux conseillers et amis Bell et Plowden ; les intrigues de la France nourries par Lejean et Bardel ; les rapports entre l’empereur et l’Aboune ; les perspectives que le projet du Canal de Suez fait miroiter ; le doublement des cours mondiaux du coton qui force le respect de l’Egypte, etc.
La liste est loin d’être exhaustive.
Mais quelle que soit la véritable cause, le fait est qu’en 1867 le gouvernement britannique se décide à intervenir militairement. L’expédition dirigée par le lieutenant-général Robert Cornelis Napier a lieu de décembre 1867 à mai 1868.
Est-ce que le projet de colonie du comte Charles-Raoul du Bisson fait partie de ces intrigues françaises ? Dans tous les cas, il n’a contribué à l’apaisement des tensions entre Tewodros II et les Britanniques.
Pour se forger une opinion plus ferme, il sera nécessaire de consulter les récits de Guillaume Lejean, Denis de Rivoyre, Giovanni Stella, Zacharias, Lorenzo Biancheri, Werner Munzinger Pascha et se référer aux travaux de Georges Malécot et Thomas E. Marston, entre autres.
Biblethiophile, 18.08.2026
[1] Manque à l’Encyclopaedia Aethiopica. Seule mention lacunaire dans TREIBER (Magnus), « Nara », EAe, t.3, p. 1145a.
[2] STERN (Rev. Henry A[aron]), Wanderings among the Falashas in Abyssinia; together with a Description of the Country and its Various Inhabitants, p. 63.