William Wing Loring
William Wing Loring (1818 – 1886) participe à la guerre américano-mexicaine de 1846, y perdant son bras gauche[1]. Au début de la guerre de Sécession américaine (1861-65), il démissionne de l’armée de États-Unis et rejoint l’armée des États confédérés comme général de brigade (premier grade des officiers généraux). Quatre ans après avoir déposé les armes, en décembre 1869, il est un des tout premiers officiers américains à répondre au recrutement lancé par le khédive Ismaïl Pacha pour réorganiser l’armée égyptienne[2].



Comme son compatriote William McEntyre Dye, il apprend la fin tragique du colonel danois Søren Adolf Arendrup, à Gundet, le 15 novembre 1875. Les deux officiers n’ont d’autres choix que d’accepter de participer à la revanche, sous les ordres de Muhammad Ratib Pacha, le commandant en chef de l’armée khédiviale[3]. Dye décline la proposition du poste de chef d’état-major qui incombe finalement à Loring[4], s’ajoutant à celui de second d’un commandant connu pour « sa méfiance et sa jalousie envers les étrangers, son auto-suffisance et son obstination »[5]. Les rapports entre les deux hommes se détériorent à l’arrivée du jeune Prince Hassan qui accapare l’attention du chef et détourne l’équipement pour son confort et sa sécurité.



Sur le fond, l’issue de la bataille de Gura (7,8 et 9 mars 1876) ne diffère pas de celle de Gundet[6] : c’est un massacre de l’armée égyptienne par la multitude éthiopienne menée par aṣé Yohannes. Cela dit, le fait qu’aucun membre de l’état-major et encore moins du commandement ne fasse partie des victimes est révélateur. Loring n’hésite pas à l’écrire noir sur blanc :
In the first fight their commanding general and his higher officers were seen to run deliberately from the field of the battle, deserting the army, when with a little courage they could have saved it.[7]
Lorsque, depuis le front, Ratib Pacha laisse entendre au Khédive que la bataille du 7 mars est une victoire sur l’armée d’aṣé Yohannes, Loring refuse de se compromettre et s’abstient de tout rapport avec son supérieur[8].
Au terme de la campagne, les officiers de l’état-major – pour la plupart étrangers – sont confinés un mois à Massaoua, empêchés de rentrer au Caire. À leur arrivée dans la capitale égyptienne, le Khédive ni ne les reçoit, ni ne les décore personnellement, des distinctions restant d’ailleurs peu nombreuses après la débâcle de Gura. Le vice-roi fait remettre à Loring la décoration du Grand Officier de l’ordre du Médjidié[9]. D’après l’historien Thomas Ofcansky, il est promu au rang de Fariq (général de division) à son retour de Gura[10] ce que Loring n’affirme pas explicitement dans son livre.
Il est démobilisé de l’armée khédiviale en 1879 et retourne aux États-Unis[11]. En 1884, en réponse au Moslem Egypt and Christian Abyssinia; or Military Service under the Khedive, in his Provinces and beyond their Borders, as experienced by the American Staff de Dye, il sort de son mutisme et publie A Confederate Soldier in Egypt. Composé de deux parties : « Egypt » (285 pages) et « Military Experiences in Abyssinia » (160 pages), il est entendu que la deuxième partie de l’ouvrage retient un peu plus l’attention du lecteur moderne que la première. L’auteur rend compte de son service et donne quelques avis personnels, sans toutefois entrer dans les mêmes détails que Dye. Or, les détails et l’impersonnalité du récit est exactement ce que le recenseur anonyme du journal The Spectator reproche à Dye :
If Colonel Dye could have given us a little less dissertation and a little more personal narrative, we should have been better pleased; but his book is highly interesting, and written, if not with the pen of a ready writer, with modesty and good-sense.[12]
Comme les récits des témoins oculaires de la bataille de Gura se comptent sur les doigts d’une seule main, ils ont tous un mérite indéniable.
Biblethiophile, 22.10.2026
[1] DYE (William McE[ntyre]), Moslem Egypt and Christian Abyssinia; or Military Service under the Khedive, in his Provinces and beyond their Borders, as experienced by the American Staff, Atkin & Prout, p. 164.
[2] OFCANSKY (Thomas P.), « Loring, William Wing », EAe, t.3, p. 599. Le premier officier américain semble être Thaddeus P. Mott, cf. Thaddeus P. Mott, wikipedia, consulté le 14.10.2026.
[3] DYE, Moslem […], op. cit., p. 151.
[4] OFCANSKY (Thomas P.), « Loring, William Wing », EAe, t.3, p. 599.
[5] DYE, Moslem […], op. cit., p. 152.
[6] Voir les articles « Søren Adolf Arendrup », « Wilhelm de Zichy » et « Arakel bey Dabroyan ».
[7] LORING (William Wing), A Confederate Soldier in Egypt, p. 445.
[8] Ibid., p. 434.
[9] Ibid., p. 448.
[10] OFCANSKY (Thomas P.), op. cit., p. 448. Concernant le grade, voir Ferik (rank), Wikipedia, consultée le 22.10.2026.
[11] OFCANSKY (Thomas P.), « Loring, William Wing », EAe, t.3, p. 599.
[12] Anonyme, « THE EGYPTIANS IN ABYSSINIA. THE FELLAH AS AFIGHTER », The Spectator, August 5, 1882, p. 1028.