Wilhelm de Zichy
Le comte hongrois Wilhelm de Zichy (21 octobre 1840 – fin novembre 1875) mort pour la cause khédivienne a échoué à l’examen d’entrée dans l’Encyclopaedia Aethiopica et sa sépulture perdue en terre éthiopienne n’a pas éveillé la curiosité du biographe Puglisi ; Henze n’est pas très bavard à son propos[1] alors que Fumagalli ne peut relever qu’une seule référence[2], posthume évidemment. C’est en effet au célèbre Dr August Petermann que l’on doit la publication en 1880 du récit de Zichy, avec une carte pour ne pas déroger à la rigueur du géographe et cartographe allemand[3].
Aucun détail sur sa vie n’est accessible en ligne. Czeslaw Jesman le dit frère d’un ambassadeur autrichien à Constantinople[4] ce que l’arbre généalogique semble démentir. Franz de Zichy (1811-1900) est bien nommé auprès de la porte en 1874 et relevé de son poste en 1879 mais il est un descendant de la 1ère branche de la lignée des Karlsburger alors que Wilhelm descend de la 2ème branche[5]. Tout au plus sont-ils cousins éloignés, ce qui n’empêche pas Franz d’avoir possiblement aiguillé Wilhelm vers Massaoua.
Ancien officier de cavalerie autrichien – prenons le raccourci en le considérant austro-hongrois –, amoureux de l’inconnu, passionné de chasse mais également « en situation financière assez précaire » selon Georges Douin, il se fait oublier à Massaoua où il se révèle à la fois un gai compagnon et un voyageur intrépide[6].
Petermann nous apprend, qu’après une partie de chasse dans le Nord abyssin, le comte explore très rapidement le pays danakil au mois de mars 1875. Il ne précise pas que le nouveau gouverneur de Massaoua, Arakel Bey, celui qui a remplacé le Suisse Munzinger Pacha, promu lui gouverneur général du tout neuf « Governorate of the Eastern Sudan and the Red Sea Coasts », l’accompagne et l’incite probablement à s’enrôler dans l’armée du Khédive, aux côtés du colonel danois Søren Adolf Arendrup.
Quand on pense que ces quatre envahisseurs en herbe ne verront pas la fin de l’année !



Arendrup ne rencontre pas grande résistance jusqu’à Gundet[7], à 10 km du Mareb. Zichy ne fait pas office d’observateur mais reçoit un emploi actif dans l’armée : il commande deux compagnies à l’avant-poste[8]. Le 15 novembre, l’armée d’aṣé Yohannes franchit le fleuve et à l’aube tombe sur l’armée égyptienne.
Des dix-sept compagnies, quatorze sont anéanties, les trois restantes parvenant à rejoindre Massaoua[9].
Au même moment, le vice-consul de France est à Adoua pour prendre congé d’aṣé Yohannes suite à sa nomination au consulat de Bassorah. Il assiste au départ de l’armée éthiopienne et apprend sa victoire. Huit jours après la bataille, il retrouve le corps d’Arendrup et un comte Zichy encore vivant, « la moitié du visage enlevé par un coup de lance ; le bras droit broyé et déjà entamé par la dent des hyènes »[10]. Il le panse et lui trouve un abri avant de retourner à Adoua demander au vainqueur grâce pour plusieurs des blessés. Elle lui est accordée à l’exception du comte qui meurt lors de son transfert vers Adoua. À son retour vers Massaoua, sur le champs de bataille, de Sarzec tente de retrouver le corps d’Arakel Bey mais déchante devant l’amoncellement des corps et leur état de décomposition[11].
Le vétéran unioniste de la guerre de Sécession américaine, le colonel William McEntyre Dye – qui participera l’année suivante à la revanche de la bataille de Gundet – rapporte que le comte Zichy a est enterré hors des murs d’une petite église, là où il a rendu son dernier souffle[12]. Des milliers de victimes tombées sur la champs de bataille, il est le seul à avoir reçu une sépulture. Maigre consolation !
Biblethiophile, 05.10.2026.
[1] Henze, Enzyklopädie der Entdecker und Erforscher der Erde, p. 56.
[2] FUMAGALLI (Giuseppe), Bibliografia etiopica. Catalogo descrittivo e ragionato degli scritti pubblicati dalla invenzione della stampa fino a tutto il 1891 intorno alla etiopia e regioni limitrofe, n. 880.
[3] ZICHY (von Graf W. von), « Die Danakil-Küste », Dr. Petermann’s Mittheilungen aus Justus Perthes‘ Geographischer Anstalt, 26. Band, 1880, Heft IV, Gotha, pp. 133-135.
[4] JESMAN (Czeslaw), « Egyptian Invasion of Ethiopia », African Affairs, Vol. 58, No. 230 (Jan., 1959), p. 76.
[5] WURZBACH (Constant von), Biographisches Lexikon des Kaiserthums Oesterreich, Verlag der Universitäts-Buchdruckerei von L. C. Zamarski, Wien, 1891, Band 60, cf. arbres généalogiques entre les pages 4 et 5 et la biographie de Franz à la page 23.
[6] DOUIN (Georges), « Arakel bey, gouverneur de Massawa (1874-1875) », Bulletin de l’Institut d’Egypte, tome 22, fascicule 2, 1939, p. 255.
[7] Gundet est à mi-chemin entre Adi Quala et le Mareb.
[8] DOUIN (Georges), « Arakel […] », op. cit., p. 259.
[9] DOUIN (Georges), « Arakel […] », op. cit., p. 263.
[10] COURSAC (J[acques] de) [SARZEC], Une page de l’histoire d’Éthiopie: le règne de Yohannès depuis son avènement jusqu’à ses victoires de 1875 sur l’armée égyptienne, 1926, p. 308.
[11] DOUIN (Georges), « Arakel […] », op. cit., p. 266.
[12] DYE (William McE[ntyre]), Moslem Egypt and Christian Abyssinia; or Military Service under the Khedive, in his Provinces and beyond their Borders, as experienced by the American Staff, Atkin & Prout, 1880, p. 148.