Leopoldo Traversi
Leopoldo Traversi
L’explorateur Leopoldo Traversi (1856-1949), docteur en médecine, se fondit dans la vie éthiopienne pendant une dizaine d’années, de 1884 à 1894, puis en 1896 pour rendre visite aux prisonniers italiens après leur défaite à la bataille d’Adoua. Il rassembla une somme peu commune d’information géographique, ethnographique, botanique et zoologique. Ses relations au plus haut niveau lui permirent de photographier la famille royale et les gens du peuple. Comme bien des explorateurs de cette époque, Traversi se compromit dans la politique du gouvernement italien. Rimbaud, dans les lettres envoyées depuis son poste d’observation de Harar, traite Vincenzo Ragazzi, Cesare Nerazzini et Leopoldo Traversi de « docteurs diplomates »[1].
Son parcours
Luca Lupi[2] est l’auteur de l’entrée consacrée à Traversi dans l’Encyclopaedia Aethiopica qui, malheureusement, ne rend pas compte des recherches de l’auteur[3]. L’espace occupé par la photo de Traversi en « costume oromo » aurait-il été utilisé au détriment du texte ? C’est ce que laisse penser la lecture de la version de son étude publiée par Gian Carlo Stella en 2004 sur l’incomparable site Il Corno d’Africa.
Compte tenu de l’hyperactivité de Traversi et des relations internationales des monarques éthiopiens, il fait sens de dresser la synthèse de son parcours en Éthiopie.
↗ 1884 (12) ↘ 1889 ↗ 1890 ↘ 1892 (03) ↗ 1892 (08) ↘ 1894 (06) ↗↘ 1896
| 1856 | octobre, 30 | naissance à Piancastagnaio. |
| 1882 | diplômé de médecin et chirurgien; entrée dans le Corps médical de l’armée italienne. | |
| 1884 | octobre, 7 | massacre de l’expédition de Gustavo Bianchi en pays afar. |
| novembre | à Assab puis Massawa avec le comte russe Augusto Bouturline. | |
| 1885 | janvier, 2 | départ seul pour Mekele. |
| février, 5 | occupation italienne de Massawa. | |
| mars | reçu par le Yohannes IV. | |
| avril | expulsé vers Massawa par Yohannes IV. | |
| juin | départ pour le Choa avec Adolfo Aprico. | |
| à Let Marefià, rencontre Vincenzo Ragazzi. | ||
| décembre | reçu par Ménélik, devient son médecin personnel, explore. | |
| 1886 | mai | participe avec Pietro Antonelli à une expédition militaire de Ménélik en pays oromo. |
| 1887 | à Jimma. | |
| décembre | Ménélik envoie Ragazzi porter une lettre à Crispi. | |
| 1888 | à Let Marefià. | |
| octobre | retour de Ragazzi à Let Marefià. | |
| 1889 | retour en Italie. | |
| mars, 10 | mort de Yohannes IV. | |
| mai, 2 | signature du traité de Wuchale. | |
| août | Ménélik envoie Makonnen en Italie. | |
| novembre, 3 | Ménélik couronné negusä nägäst. | |
| 1890 | à Assab. | |
| février, 8 | à Aussa, puis reçu par Taïtu à Dessié et Ménélik à Ankober. | |
| Directeur de la station scientifique de Let Marefià. | ||
| août | Ménélik signale à Salimbeni l’erreur de traduction de l’article 17 du traité de Wuchale. | |
| décembre, 17 | à Assab, envoyé par Salimbeni avertir par télégramme le gouvernement. | |
| 1891 | janvier, 10 | départ d’Assab ; arrivée à Let Marefià à la fin du mois. |
| février, 3 | Ménélik envoie sa version amharique du traité à Antonelli (envoyé par Crispi en tout début d’année). | |
| mars | Antonelli, Salimbeni, Traversi, Nerazzini et Di Rudinì sont à Zeila. Antonelli et Nerazzini gagnent Aden; Salimbeni reste à Zeila; Traversi rejoint Assab. | |
| octobre, 8 | en route pour Let Marefià. | |
| conférence de Mareb. | ||
| 1892 | mars, ca 15 | départ pour Zeila, Assab et l’Italie. |
| juillet | en Italie. | |
| août, fin | départ pour le Choa avec 2 millions de cartouches. | |
| 1893 | février | livre les munitions à Ménélik |
| Ménélik dénonce le traité de Wuchale | ||
| 1894 | juin | remet la direction de Let Marefià à Luigi Capucci et quitte l’Éthiopie. |
| entre au ministère de la guerre du gouvernement Crispi. | ||
| 1895 | mars, 1 | Bataille d’Adoua qui entraîne la chute de Crispi. |
| 1896 | visite les Italiens faits prisonniers. | |
| 1931 | Réhabilitation ; publication de ses mémoires Let-Marefià. | |
| 1949 | janvier, 14 | mort à Rome à l’âge de 93 ans. |
Traversi et la photographie
Richard Pankhurst nous rend attentif au fait qu’en Éthiopie Traversi s’adonnait avec succès à la photographie :
Dr Leopoldo Traversi, who arrived in 1888 [à Let Marefià], was responsible in the next decade for a significant amount of photography. Pictures taken by him or under his auspices include scenes of Ankobar and Let Marafeya, and several interesting portraits. Among them is one of Grazmach Josf Negus, the Ethiopian who translated into Protectorate over Ethiopia, and another of Abba Jifar, king of the westerly Muslim province of Jimma. There was also a dramatic shot of Ras Mangasha Yohannes of Tegray bearing a stone on his shoulder in 1894 as a sign of his submission to Menilek, who had by then assumed the title of Emperor. Several of Traversi’s pictures were subsequently reproduced as engravings in the Italian missionary Guglielmo Massaja’s great multi-volume memoir I miei trentacinque anni di missione nell’ alta Etiopia (Rome and Milan, 1885-1895), while others later appeared as photographs in Traversi’s Let-Marefia (Milan, 1931) [4].
Parmi les portraits célèbres tirés par Traversi, celui de Ménélik est un des plus mémorables.
Hugues Fontaine ne s’y est pas trompé et l’a reproduit en pleine page 135 dans son Ménélik.
La Societa Geografica Italiana conserve une archive des photographies de Traversi comprenant 3 lots regroupant 297 positifs, accessibles en ligne (Soggetto=Traversi).
Traversi travesti
La carte cabinet de l’atelier photographique Montabone de Florence, fournisseur de Sa Majesté Umberto Ier et de sa famille royale ainsi que de Sa Majesté la Reine de Serbie, représente Leopoldo Traversi travesti en guerrier, pieds nus sur une peau de léopard. La photographie provenant de la collection de Luca Lupi et illustrant son article dans l’Encyclopaedia Aethiopica a probablement été prise lors de la même session photo. Tout bien pesé, le Traversi armé des lances pointant vers le ciel figurant sur la carte cabinet de biblethiophile est plus « plausible » que celui publié par Lupi, même si, finalement, le guerrier ne devait pas impressionner son monde.


Dans l’Encyclopaedia Aethiopica, l‘illustration est légendée : « Leopoldo Traversi in the costume of an Oromo noble, ca. 1887 ; photo courtesy of the author ».
Cette année 1887 est à prendre avec prudence. Certes, Traversi était bien à Gimma à cette date mais les conditions n’ont certainement pas permis de produire une photographie de cet ordre. D’autre part, le décor laisse plutôt penser à celui d’un atelier photographique. De plus, il serait surprenant que Montabone ait accepté de vendre un cliché de Traversi monté sur un carton à son nom.
En fait, le portrait aux lances pointées vers le sol parut en 1936 dans l’opuscule Medici italiani pionieri in Etiopia: il Dott. Leopoldo Traversi avec la légende : « Il Traversi in costume di capo Gimma Abbagifàr ».
Et si l’on remonte encore plus loin dans le temps, on découvre que l’Illustrazione Italiana le publia à la page 72 dans son édition du 3 février 1895, précédé de la confirmation que le studio Montabone de Florence l’avait bien envoyé au journal.
Par conséquent, tout porte à croire que ce portrait date de la fin de l’année 1894 ou du tout début de la suivante. Traversi est alors âgé de 38 ans.
Notre carte est enrichie d’une dédicace de l’explorateur datée à Piano en 1903:
All’amico Beppe il suo affezionato Poldo
Traversi en photo




Biblethiophile, 04.04.2026
[1] RIMBAUD, Œuvres complètes, Gallimard, 2009, « lette à Jules Borelli, Harar, 25 février 1889 », p. 661.
[2] Mais il est avant tout l’auteur de la plus belle somme d’information sur le pays Afar et ses environs : Dancalia. L’esplorazione dell’afar, un’avventura italiana, Istituto Geografico Militare & Tagete edizioni, Firenze, 2009.
[3] LUPI (Luca), « Traversi, Leopoldo », EAe, t.4, p. 981.
[4] PANKHURST (Richard), « The Advent of the Camera in Ethiopia », 2014, consulté le 03.04.2026.
